Comme une maison … 13 novembre 2012
Il y a quelques années, suite au cancer et la séparation et après avoir passé 3 années dans un logement, j’avais enfin trouvé l’endroit où mes deux enfants et moi pourrions y vivre. Une jolie maison enveloppée de grandes fenêtres pour accueillir le soleil toute la journée. Un foyer pour nos moments collés ensemble à partager du popcorn en jasant de tout et de rien. Je l’avais surnommée ma « maison du bonheur ». Nous y avons passés de beaux étés près de la piscine, à fêter les anniversaires, à partager les beaux temps, les rires et les surprises. Je l’ai cajolée, renippée, aimée. Cette maison était réellement mon havre de paix.
Les années ont passées tellement vite et aujourd’hui, malgré tout le bonheur que nous avons vécu ici, je dois la vendre. Le temps, les finances et l’énergie manque. Faire face à cette réalité me peine mais comme on dit « on se relève les manches et on continu! ».
Comme une sorte de bilan avant d’appeler un agent qui en fera la promotion, mes pensées se sont attardées aux plus beaux moments vécus ici. Étonnamment, malgré le fait de savoir que je la quitterai pour toujours, je crois que peu importe où l’on se trouve, lorsqu’on est bien entouré ça se passe toujours mieux. Mes murs sont imprégnés de fêtes, de rencontres, de party de famille, de confidences avec ma famille, mes amies. On s’entend, ce n’était une partie de plaisir à tous les jours, comme dans chacune de nos vies d’ailleurs, mais lorsqu’on fait un petit bilan, on retient surtout les meilleurs moments, ceux qui nous ont fait du bien, ceux qui nous ont fait découvrir quelque chose, ceux qui nous apprit ou nous ont fait grandir.
Et comme chaque seconde et chaque minute, les jours passent sans trop se poser de questions jusqu’au jour où tout s’effondre. Comme les fondations d’une maison qui craque, s’effrite et s’affaiblit. On se retrouve sur une fondation qui pourrait avoir de grandes conséquences sur le reste de la structure, notre maison, notre protection. Et c’est la peur qui nous envahie. On n’a ni les compétences, ni l’expérience pour la réparer, mais il le faut pour s’assurer d’être protégé contre vents et marées! Un peu ironique de faire une comparaison avec la maladie, le cancer. Mais il y a une certaine similarité…
Quand la maison a besoin de réparation, on s’organise pour la réparer ou la faire réparer.
Quand on est malade, on s’organise pour se guérir ou se faire guérir.
Il y a les médecins et tous les spécialistes qui sont équipés pour nous aider à retrouver la santé mais surtout il y a nous-mêmes. Une maison a besoin d’outils et d’huile de bras pour la réparer tout comme un corps, une âme a besoin de ses propres outils. Des médicaments et de l’amour.
Ah si l’amour pouvait tout guérir que certain diront… mais il n’est pas faux d’y croire. Si l’amour fait naître des choses, des gens, il peut tout aussi bien en prendre soin.
~
Quand la déprime nous anime … 3 août 2012
Qui a-t-il de pire que d’avoir cette impression de ne pas avoir le contrôle de nos pensées. Comme si les images noires et déprimantes passent dans un éclair au travers nos diverses réflexions et songes. Ça se passe plus souvent lorsqu’on vit une solitude. Et voilà que cette solitude devient pesante, même si nous avons une âme solitaire…ce qui est mon cas.
Bizarre comment certains souvenirs refont surface. Il y a de cela bien des années lorsque ma grand-mère est décédé du cancer qu’elle avait caché à toute la famille, je m’étais dit que si un jour on m’apprenait que j’aurais aussi le cancer ou une maladie grave, j’irai me cacher à quelque part pour vivre seule ma douleur et ainsi éviter de faire souffrir ma famille. Que si on me disait que ma vie est comptée en semaines ou en mois, je ne ferais rien d’autre que d’attendre la mort puisque c’était mon destin. De toute façon, si les médecins le prédisent, c’est qu’ils doivent avoir raisons. Ce sont eux les spécialistes, pas moi.
Je suppose que lorsqu’on reçoit cette annonce que personne ne veut recevoir, il se passe autre chose dans nos pensées. On dirait…on dirait un moment de panique! « Aidez-moi! Je ne veux pas mourir! ». Et bien c’est exactement ce qui s’est passé dans ma vie. Moi, la solitaire, l’indépendante, l’orgueilleuse qui ne demandait jamais d’aide, me retrouve face à un élément qui était trop gros, trop épouvantable pour affronter seule. J’avais besoin des autres pour m’en sortir. Bien que j’ai eu l’idée d’abandonner la partie, parce que les médecins m’avait confirmé une mort certaine, j’ai décidé qu’il fallait en être autrement. L’injustice de quitter mes jeunes enfants ne cadrait pas du tout avec l’idée d’être une maman que pour une durée de 3 ans! Du tout! Je suis allé chercher l’aide par l’amour que j’avais (et j’ai!) pour eux. Ma famille et mes amies se sont présentés en mots, en câlins et en pensées pendant 4 ans à me convaincre de continuer mon combat chimique!
Je suis chanceuse car l’annonce que personne ne veut recevoir n’a fait que motiver ma volonté de défier le destin. La déprime a prit le bord! Il fallait trouver tous les éléments positifs pour l’assommer, l’enterrer et laisser place à l’espoir et la forte croyance à une guérison.
Alors battez-vous! Et que vos armes ne soient que l’amour et la croyance!
~
Le treize – juillet
Si vous souffrez de superstition, les chats noirs, marcher en-dessous d’une échelle ou casser un miroir est un sacrilège! Presqu’une damnation! J’imagine que ça doit venir de loin toutes ces histoires d’épouvantes et il serait intéressant de faire une recherche pour comprendre leurs origines. Mais si le chiffre 13 fait aussi parti de cette catégorie, puisque certain gratte-ciel n’ont aucun étage identifié de ce malheureux chiffre, alors je m’objecte catégoriquement!
Le 13 du mois, mon premier enfant est né. Le premier garçon de ma famille paternelle. Le premier petit-enfant de mes parents. Celui qui a changé, qui a ajouté encore plus de laine à notre foulard familial tricoté serré. Mon père y voyait déjà sa descendance prendre la relève des affaires. Mais calmons-nous! Laissons ce bébé découvrir un peu ce monde qui l’attaque de caresses et d’amour!
C’est deux années plus tard que son nouveau frère est venu le rejoindre. A mes yeux, notre famille était maintenant complète. On avait la maison, chacun un bon travail, des vacances dans le sud l’hiver et deux enfants pour compléter le parfait portrait de la parfaite et heureuse famille. Il ne manquait que le chien!
On connait tous cet adage « Ce n’est pas l’habit qui fait l’moine! » … et c’était exactement ça. On passait notre temps à courir après le temps et notre seul sujet de conversation était les enfants. Notre vie familiale, nos responsabilités et obligations étaient tout ce qui tenait ce couple. L’amour avait peu à peu, foutu l’camps. Toujours trop fatigué, on se couchait sans même s’embrasser en oubliant quelques fois les « bonne nuit ». Et puis la maladie a embarqué dans notre paysage. Mon énergie à son minimum, mes enfants ailleurs que dans mon éternel lit. Ça s’est effrité presque sans s’en apercevoir. La présence de mon homme était principalement dédiée à nos enfants. Et crack, un jour une question qui avait déterminé le sors qui nous attendait. La suite ressemble à n’importe quelle séparation de couple. Des pleurs, colères, frustrations, cassures, acceptations. C’est fini. Les onze années devaient être reléguées qu’aux souvenirs. Pourtant…pourtant 2 êtres bien vivants existaient réellement. La culpabilité a prit le dessus. Ma tristesse de leur faire subir tout ça. Mes enfants, nos enfants avaient tant besoin de nous, comme moi j’avais besoin d’eux. Ils étaient tout ce qui me donnait le courage ou la volonté de continuer à me battre contre ce cancer. Ils ont été ma seule motivation à m’obstiner avec le gars d’en haut en lui disant que le temps n’était pas venu pour moi. Non, pas tout de suite. Pas maintenant. Dieu! Tu t’es trompé! Va voir ailleurs!!
Mes quatre années ont passées sous les opérations, examens et traitements. Puis cinq autres années ont passées avec la crainte étouffée que le cancer revienne. Je crois bien que le Bon Dieu avait compris mon message. Cette année, je fêterai mes 10 ans après la première annonce qui allait changer le reste de ma vie. Cette année, fiston fêtera ses 13 ans le 13 du mois.
Le 13 est un chiffre chanceux. Très chanceux.
~
Un cadeau! … 24 avril 2012
Il arrive un temps, comme une certaine nécessité, où l’on fait une espèce de bilan de notre vie. J’ai revu mon enfance heureuse et entourée d’amour, mon adolescence torturée et solitaire, mes premières année d’indépendance à travailler des heures et des heures pour me faire une place. Je me suis rappelé des premiers moments avec celui qui allait devenir le père de mes 2 enfants, et l’investissement de notre environnement matériel. Les naissances qui sont toujours très claire en moi puis trop vite, l’événement qui allait tout changer.
Alors que ma quarantaine s’achève tranquillement, il y a souvent un événement qui nous aide à nous rappeler du « quand » tel ou tel événement ou rencontre s’est passé. Souvent il y a une année repère. 2002 est la mienne. Aujourd’hui je parle de mon « ancienne vie » ou ma « vie d’avant ». Le « avant » le cancer. Pourtant « le avant » le cancer, mes repères était bien la naissance de mes enfants. Le cancer du cerveau/poumon a radicalement changé ce point de repère. Il a changé car plus rien n’est pareil.
La résultante de ce point de repère est la perte du couple, de la vie de famille, de la maison, du travail, et d’une certaine solitude… et oui, d’une amertume aussi.
Alors pourquoi suis-je plus heureuse qu’avant?…le « avant le cancer »?
Je suis maintenant monoparentale avec des fins de mois toujours difficiles, célibataire depuis des lunes, et manque de temps pour tout parce que je travaille trop afin de répondre au besoin des miens. Mais seigneur! Qu’est-ce qui influence donc ce sentiment d’être plus heureuse alors?
La raison est pourtant simple. Je suis toujours vivante! Quand on passe à deux poils de perdre la vie, on a cette perception qu’elle devient plus précieuse qu’avant et on est conscient qu’elle ne nous est pas acquise. On sait que du jour au lendemain, tout peut s’éteindre en un clin d’œil. Voilà pourquoi. Voilà pourquoi chaque matin, j’ai le sourire au visage. Voilà pourquoi le « avant et le « après » n’est plus du tout pareil. Le cancer a tout changé. Il y a eu les souffrances qu’ils l’ont accompagné et suivit mais surtout la réalisation qu’il a dicté à notre conscience que de recevoir cette chose si précieuse qu’est la vie et ses beautés est un vrai cadeau! J
~
On a tous une histoire … 12 mars 2012
La nature humaine est ainsi faite. On a souvent le jugement facile. Trop souvent bourré de préjugés et d’idée toute faite. Ce n’est pas inscrit au visage de ceux que nous croisons quelle est leur histoire, d’où ils viennent, quels sont leurs accomplissements, leurs misères ou leurs réussites. Sont-ils des enfants uniques ou viennent-t-ils de grosses familles? Ont-ils vécu dans la pauvreté ou entouré de ouate? Sont-ils restés dans leur ville toute leur vie ou ont-ils fait le tour du monde? Ont-ils vécus la souffrance ou la violence ou au contraire ont eu la bonne étoile accrochée au derrière?
C’est en jasant avec les gens qu’on apprend à les connaître. Leur histoire, leur vision de la vie et qu’est-ce qu’ils comptent en faire. Et j’ai réalisé assez rapidement que nous avons tous, sans exception, des échecs et des victoires. Celles qui nous ont construit et continu de le faire.
Pendant très longtemps, je ne voulais pas d’enfants. Je n’en voulais pas parce que je me sentais incapable d’offrir une vie sans leurs, sans souffrances, sans fautes. J’étais imparfaite et j’avais peur de prendre cette si grosse responsabilité d’être un bon parent. J’ai pourtant eu mon premier enfant à l’âge de 35 ans et un deuxième à 37 ans. Et non, je ne suis toujours pas parfaite, j’ai fait des erreurs, je me suis sentie bien coupable plus d’une fois et me suis posé souvent la question « Est-ce que j’ai bien fait de dire ceci ou cela », « Vais-je le traumatiser à vie pour ce geste? », « Restera-t-il marqué par cet événement? »….
Il y a quelques années, alors que j’allais chercher fiston à l’école, il avait la mine bien basse. Je lui ai demandé pourquoi cet air si malheureux. Il m’a répondu qu’il s’était choqué contre son ami lorsque celui-ci lui avait dit que le cancer ce n’était pas grave. Mon fils lui avait répondu en pleurant que sa mère en avait eu trois et qu’elle avait failli mourir! Son histoire m’a beaucoup touchée. Et je lui ai répondu que son ami ne pouvait pas savoir… s’il ne l’avait pas lui-même vécu dans sa famille. Il ne fallait pas le juger pour ça. Et que je suis toujours vivante! Le passé est passé.
Aujourd’hui, avec fiston qui a grandit, une espèce de conscientisation sur la fragilité humaine le fait poser bien des questions. Il apprend et reste aussi sensible à la souffrance humaine. Les reportages sur les famines, les destructions naturelles qui font tant de victimes. Enfin tout ce qui touche à l’être humain… il a développé une grande compassion.
J’ai eu des enfants le jour où j’ai compris que peu importe ce qu’on dit ou fait, peu importe la bonne intention du parent, la vie réserva indéniablement des épreuves qu’il devra passer. Parce que la vie c’est ça. C’est un apprentissage qui se fait de jour en jour. On s’enfarge, on tombe, on se relève et on continue notre route avec le but de trouver son bonheur.
A bien y penser, si la vie n’était faite que de bons, de beaux, de perfections… ça deviendrait long et plate, vous trouvez-pas? Parce qu’à chaque épreuve, on apprend. Quelques fois ça prend du temps mais à la fin du compte, il reste toujours quelque chose de positif. Avec le cancer, j’ai appris que rien ne nous était acquis et que chaque journée devait être célébrée comme la dernière.
~
Ce quelque chose … 17 février 2012
Peu importe notre situation, notre santé ou nos croyances il existe ce quelque chose qui stimule à aller de l’avant. Fatigué ou pas, déprimé ou découragé il n’en reste pas moins qu’il reste cette flamme qui oblige presque à se lever pour continuer la journée qui nous reste encore inconnue. Ce petit quelque chose nous dicte devant le mal, de ne pas être la victime d’une épreuve qui est hors de notre contrôle. La malade est un fait. Quand on n’est pas médecin, il n’y comprend rien. On l’interprète à notre façon. Certains fondront en larme alors que d’autres sortirons les armes pour se défendre. Certains accepteront ce « destin » et d’autres partiront en guerre.
Je ne sais pas si ça fait parti de nos personnalités, de ce passé qui nous a construit, mais chose certaine, j’ai remarqué que ceux qui passaient au travers de dures épreuves, renaissaient avec un « plus »… pas un « moins ». La perception change totalement, comme si une nouvelle impression que la vie en soit est plus belle que jamais même si elle nous a fait douté de l’injustice qu’un proche ou soi-même vivions. « Il n’y jamais rien qui arrive pour rien ». J’y crois fermement. On se demande quelque fois « pourquoi ça arrive juste à moi? ». Faux. Ça arrive à tout le monde, c’est seulement qu’on ne le sait pas.
J’ai croisé bien des « malades » dans ma vie d’hospitalisation. Des jeunes, des vieux. Et malgré leurs pronostiques pas très reluisants, ils gardaient le sourire, une certaine foi pour le meilleur. Et vous savez quoi? Ils n’étaient pas seuls. Ils étaient entourés de la famille ou d’amis. Ils écoutaient des mots d’encouragement, des mots d’amour. La plupart croyaient en leurs rémissions, et comme moi, pensaient que ce n’était qu’un mauvais moment à passer. Ce petit quelque chose qui nous donne l’espoir à une vie meilleure, en santé et heureuse. Et je crois aussi ferment que c’est la base de la guérison. Quand on n’y croit pas… c’est presque perdu d’avance. Mais quand on y croit tellement fort, il ne peut en être autrement…parce que ça circule dans nos veines! Dans nos cœurs! Dans nos convictions!
Ce petit quelque chose qui oblige à passer au travers, nous l’avons tous. C’est humain. C’est l’instinct de survie.
~
Les deux côtés de la médaille- 29 janvier 2012
On a souvent tendance à l’oublier, mais il a toujours deux côtés à une médaille, ou une expérience. Le bon et le moins bon. Le noir et le blanc. L’heureux et le malheureux. Nous sommes tous confronté à des épreuves sinon à quoi servirait bien la vie si ce n’est que se prélasser dans un bonheur éternel! … bien que je serais la première à le vouloir! C’est dans les pires épreuves que la conscience apprend…malheureusement. Mais les leçons de la vie restent bien le but de notre vie. Apprendre, comprendre et grandir dans but de trouver une certaine sérénité.
C’est dans l’amitié, la famille et même chez les voisins que l’on se retrouve à se dire « Et si ça m’arrivait à moi? ». Ce que vivent les autres nous donne aussi un moment pour se voir nous-mêmes dans une situation difficile. Est-ce que je réagirais pareil ou autrement. Comment JE règlement le problème si c’était le mien?
J’ai connu et connais toujours des gens qui ont cette petite tendance à tout voir noir. Les éternels insatisfaits, les perfectionnistes qui n’arrive jamais à obtenir exactement ce qu’ils veulent, ceux qui vivent constamment dans l’attente et qui indéniablement, se retrouvent déçus. Peu importe les paroles qui seront échangées, peu importe les gestes pour tenter de les amener à voir autrement, on ne peut arriver à les influencer. C’est impossible parce que ça doit venir d’eux… pas des autres.
La maladie à cela de bon. Elle change nos perceptions. Lorsqu’on pense la perdre cette vie, tout ce qui nous était acquis ne l’est plus. Tout ce que nous avons acheté, empilé devient absolument inutile. Tout ce qui nous reste est impalpable car c’est à l’intérieur de nous que ça se trouve. La croyance, la foi, la confiance, le positivisme et l’amour. Pour soi et les autres.
Mes deux côtés de la médaille; Le cancer et toutes les anxiétés et la souffrance et ses pertes qui l’accompagne. Le cancer qui m’a fait découvrir toute la beauté du monde et du « monde »… car j’ai bien compris que rien ne nous est acquis. Rendre grâce à ce qui nous entoure et ce que l’on cré est d’après moi, un sacré bon départ à regarder le bon côté de la médaille… et ça m’a prit le moins bon côté pour le découvrir…
~
Les moments de solitudes – 28 novembre 2011
Bien qu’aujourd’hui, ces moment de solitudes peuvent être bénéfiques, il y a d’autres moments où ont le voudrait bien autrement. Dans une salle d’attente par exemple pour passer aux traitements de chimiothérapie ou de radiographie ou autre qualificatif se terminant par un « ie ». Lorsque je le pouvais, au lieu de rester planté là a attendre avec des personnes qui allaient subir un sort semblable au mien, je décidais d’aller plutôt m’installer ailleurs… là on les gens bougeait! Et le meilleur endroit était au hall d’entrée de l’hôpital où se trouvaient dans le même espace un petit café et un poste d’information. Assise avec mon café et mes yeux observateurs j’ai regardé des centaines de gens passer, discuter, appeler, manger, s’informer, se questionner….pleurer aussi. Comme il est fascinant d’être témoin des événements qui entoure un hôpital…les médecins, infirmières, préposés et concierge. Des livreurs de fleurs et colis. Des gens qui venaient d’un peu partout avec leurs habits, leur langue. Le mouvement était incessant, les gens marchaient lentement ou rapidement, en béquille ou en fauteuil roulant. Quelques uns avait l’air perdu ou songeur. Quelques fois, une personne attirait ma curiosité plus que d’autre et j’avais souvent tendance à me faire des scénarios sur sa présence ici. Je m’amusais à faire toute une histoire en dirigeant mon regard sur un item qu’elle portait et m’inventait des scénarios rocambolesques! Je m’amusais et sans le savoir, je réalise que c’était probablement une façon inconsciente de ne pas me laisser abattre par la maladie. Je voulais de la vie, du monde en action! Je voulais aller chercher l’énergie des gens pour m’influencer à rester positive malgré mes traitements difficiles. Et le temps passaient pas mal plus vite!
~
Pour l’amour – 7 novembre 2011
Lorsque la maladie frappe, c’est un sentiment de solitude qui nous envahit. Seul devant le mal avec pour toute défense, sa volonté de combattre. Mais cette volonté peut nous lâcher lorsqu’on reçoit des nouvelles qui nous tuent. Des nouvelles où toute sortie ou guérison nous semble impossible. C’est le pire de tous les sentiments. On se sent totalement impuissant. La peur, la crainte que notre vie s’achèvra avec cette impression pourtant, qu’elle ne venait que de commencer.
“Cette photo a été prise pendant la dernière année de mon combat”
Nous avons tous une histoire qui nous a construit. Cette histoire est notre seule fondation. La mienne, ma fondation est solide puisqu’elle a été élevée sur l’amour. Celui de mes parents. Et comme c’était le seul lien qui me rattachait sur cette terre, il devenait encore plus puissant lorsque la maladie s’est emparée de moi. Pour être moins seule. Mais la plus grande motivation pour ne pas tomber dans le désespoir, était deux êtres précieux, mes anges. EUX ils avaient besoin de moi, leur maman. Ceux-là même qui était en train de bâtir leurs propres fondations auprès de leurs parents. Il devenait primordial, impératif! que je reste encore longtemps leur maman… puisque mon aîné n’avait que 2 ans et son frère, que 6 mois. Et j’en ai voulu au « bonhomme d’en haut » pour ce que je vivais. J’étais fâché contre lui! Ce n’était vraiment pas le temps de me faire passer cette épreuve! Je finissais à peine d’allaiter mon bébé! Alors ils sont devenus ma seule motivation, la seule raison de me battre malgré l’annonce d’une mort certaine. Pour l’amour des mes enfants, je leur dois la vie. Oui, l’amour c’est puissant!
~
Pleures, t’as le droit! – 20 octobre 2011
Pendant ces 4 années à me battre contre le cancer du cerveau et du poumon, et malgré la grande souffrance qu’il me faisait vivre, je n’ai à peu près pas pleuré. Pour deux raisons. La première est que je considérais que de pleurer ajouterait de la souffrance aux être aimés et surtout à mes parents qui étaient constamment à mes côtés. Et la deuxième était que j’avais peur. Peur de tellement pleurer que je m’imaginais tomber dans ce trou noir où aucune sortie n’aurait été possible. Mais il arrive des moments où on est prit par surprise! Ce fût le cas alors que j’étais alitée à l’hôpital. Un homme au visage dur s’est approché de moi avec un langage incompréhensible! Son accent était tellement fort, que je n’avais absolument rien compris de ce qu’il essayait de me dire. Avec impatience, il a prit ma main, accrochée à mon bras, accroché à mon épaule, accrochée à mon dos fraichement coupé d’une très longue cicatrice suite à mon opération au poumon. Le cri a retenti de ma bouche si fort que je me suis surprise d’avoir autant de soprano en moi!…c’est après, que sont sortis les pleurs…
D’ailleurs, ça me fait penser… A la maison, alors que j’enfilais mon pijama, mon fils de 2 ½ était entré dans ma chambre au même moment. Un cri toi! Un cri si aiguë de surprise! Il s’est écrié : « Maman! T’as un gros serpent dans ton dos !! »…en fait, le serpent était l’image que donnait la série de broche en métal qui retenait ma coupure d’une douzaine de pouces. Et j’ai rit! J’ai rit et pas pleuré! Pourquoi pleurer? Mon fils avait fait une extraordinaire découverte! J’étais devenue la maman-serpent!
Aujourd’hui encore, je ne pleure pas beaucoup, même seule. Cent fois meilleure de rire! Mais pleurer n’est pas négatif en soit. Il nous permet de nettoyer. Nettoyer pour laisser place aux rires qui suivront…
~
Un simple caillou – 13 octobre 2011
Les jeunes enfants qui n’ont pas toujours les mots, sentent toutefois très bien les émotions des parents. Mon plus vieux qui n’avait de 2 ½ ans, voyait bien que sa maman était plus souvent couchée ou fatiguée. Lors d’une journée de printemps magnifique alors que le soleil nous forçait à sortir dehors pour le sentir, j’ai suivit mon garçon dans ruelle. La neige qui fondait avait formé un petit ruisseau qui menait au trou d’égout. Il s’amusait a laisser tomber les petits cailloux au travers le grillage. En le regardant ainsi explorer, ma tête songeait à la façon de lui dire…que maman était malade sans l’effrayer ou lui faire de la peine. Comme fiston avait déjà commencé une collection de cailloux, il a remarqué celui qui n’était pas comme les autres. Tout blanc. Il l’a bien regardé puis la mit dans sa poche.
Plus tard à l’heure du dodo, l’idée m’est venue. Je me suis assise près de lui, bien couvert sous ses couvertures et lui parlai doucement : Maman a quelque chose de très important à te dire. La première, je t’aime (et l’embrassai) et la deuxième est une mission que je vais te demander de faire. Une mission est quelque chose de très important à accomplir et elle pourra aider maman. Tu sais… (je cherchais les mots) maman est souvent fatigué et il y a une bonne raison à ça. Le docteur m’a dit qu’il avait découvert…un caillou dans ma tête! Bizarre hein? Un caillou un peu comme celui que tu as trouvé aujourd’hui.
J’ai pris le caillou qu’il avait laissé sur sa table de chevet et lui remit.
Ta mission sera de le garder avec toi, toujours-toujours. De sa petite main, il fit rouler le caillou sur son visage, très lentement, en passant sur le front, les joues le menton. Il souriait. Je continuai et lui dit : Et tu sais, le docteur est capable de l’enlever parce qu’il me fait des bobos. Mais lorsqu’il l’aura enlevé, et pour aider le docteur et maman, on ira enterrer ton beau caillou blanc pour être certain qu’il ne reviendra plus dans la tête à maman. Tu veux m’aider à faire cette mission? Il fit oui de la tête et serra son caillou très fort dans sa main. J’ai replacé les couvertures et il s’est endormi, caillou en main.
Quelques semaines plus tard, nous avons enterré le caillou sous l’immense épinette de la cour arrière. Il y est toujours.
~
J’avais trouvé le but de cette tumeur… pour le meilleur – 7 octobre 2011
Peu importe la maladie, peu importe la souffrance, le mal devient notre compagnon quotidien. Il attaque notre corps et trop souvent nos pensées. Il nous oblige à nous arrêter. Il nous oblige aussi à réfléchir. La première question qui nous vient souvent est « Pourquoi moi? »…. Et je répondrais « Pourquoi pas! ».
La vie n’est pas un fleuve tranquille et je suis persuadé que si elle l’était, on la trouverait bien monotone! Bien sûr, la maladie n’est pas notre premier choix… gagner à la loterie serait 100 fois meilleur mais je ne suis pas certaine qu’on en apprendrait autant sur nous-mêmes…
C’est souvent dans les pires moments de notre vie que l’on sait reconnaître les liens forts qui nous unit aux autres. La famille et les amis(es) restent à nos côtés. Puisqu’ils ne sont ni médecins, ni sorcier, ni magicien… ils n’ont que leur cœur et leur compassion à partager. Et c’est bien tout ce dont on a besoin. La peur et l’incertitude prend trop de place et « eux » viennent la repousser de par leur seule présence, appel ou mots.
Dans les moments sombres il est facile de se laisser tomber…comme ce puits tout noir qui est a nos pieds. Mais on s’accroche! On se bat contre soi-même à ne pas abandonner la partie, à croire en notre guérison à donner un coup d’pied aux images ténébreuses qui font régulièrement surface! C’était surtout le soir qu’elles revenaient et il me fallait trouver un truc pour me pas m’endormir en pleurant. Tout se passait dans mon cerveau…c’est donc dans mon cerveau qu’il fallait travailler. Un soir, alors que je cherchais comment me convaincre de ma guérison une phrase m’est venue en tête…et je l’ai répété à tous les jours pendant 4 ans.
« Que ma tumeur devienne poussière d’étoile pour retomber sur ceux qui n’on plus d’espoir »
J’avais trouvé le but de cette tumeur… pour le meilleur.
~
Cette montagne devait donc être escaladée – 5 octobre 2011
Malgré le fait de me savoir seule a affronter cette nouvelle épreuve, j’ai vite réalisé que contrairement à ce que j’avais crue, lorsque le mal nous affronte, rester seul est la meilleure façon de se décourager et surtout de laisser trop de place au petit diable négatif et agaçant qui s’obstine à nous démolir. Ça me prenait absolument des anges à mes côtés!
J’ai besoin d’équipement pour l’escalader cette montagne. C’est alors que sans le demander, et d’une façon toute naturelle, toute ma famille m’a offert cet équipement qui me manquant…par leur seule présence. Jamais, dans les moments les plus durs, je n’ai été seule. Jamais.
Un téléphone, une visite, un petit mot, ou un dodo sur un lit de camps près de mon lit d’hôpital. D’ailleurs je me rappelle de cette fois où je m’étais réveillée sur ce lit aux bordures de métal chromé et avec mes yeux à demis-ouverts, d’apercevoir cette forme couchée près du plancher. Mais qui est-ce? Cette forme a bougé, puis les couvertures qui la recouvraient ce sont ouvertes. « Maman? Mais qu’est-ce que tu fais ici? »
C’est alors qu’elle m’a raconté que c’est moi-même qui lui avais demandé de rester…. Ah! Les sacrés médicaments! On a le cerveau qui divague peut-être? Aucun souvenir de ma demande mais contente d’avoir eu la merveilleuse idée de lui demander! Comme je suis chanceuse d’avoir une maman au p’tit soin!
Ce n’est pas parce que le corps est au mode ralentie, que le cerveau le suit. Je dirais même que les émotions deviennent plus claires. On sait reconnaître la bonté profonde des gens. Ils viennent nous voir, nous accompagner, nous rendre visite pour quelques minutes, heures et même journées. Ces personnes si précieuses nous donnent ce dont nous avons besoin… leur compassion, leur écoute ou leur simple présence en nous tenant la main, en nous souriant, malgré l’incertitude ou la lourdeur du moment. Quelques fois, les mots ne sont plus nécessaires. Un regard plein d’espoir suffit.
~
Première publication
Je m’appelle Carole Thibault, auteure du livre “On est bien, hein maman?” publié sous les Éditions Francine Breton en 2006. Mais je suis surtout une femme de 47 ans qui a connu les souffrances de la maladie, avec un cancer cerveau-poumon qui a mit en veilleuse quatre années de ma vie. Cette année, avec toute ma famille, nous avons célébré mes cinq années de rémission. Et je rends grâce à tous ceux qui m’ont aidé pour vaincre ma guerre. C’est un peu pour cette raison que j’ai décidé, enfin, de vous écrire. Connaissant la grande générosité de Pamela et Rolando DelMaestro, pour avoir été sous les soins de ce dernier, c’est elle qui m’a suggéré de vous écrire. Bien que votre organisation ne m’était pas inconnue, jamais je n’aurais pensé vous écrire pour vous offrir mes services pour aider les gens pris dans une situation semblable à ce que j’ai connue.
Étrange ce que la vie peut nous réserver… on aurait dit un appel! J’ai un grand besoin de partager et d’aider. Bien que mon temps est très limité, partagée entre mon travail à temps plein, ma maison et mes enfants, je suis une monoparentale qui a toujours besoin de nouveaux défis! Puisque mes déplacements sont biens plus que je ne le voudrais, j’ai pensé vous proposer mon aide d’une façon bien personnelle. Je suis avant tout, quelqu’un qui aime écrire. C’est devenu pour moi une façon d’exprimer les hauts et les bas de la vie mais surtout de mettre sur papier tout ce qui se passe dans mes pensées, mes perceptions. Car elles ont bien changées depuis mon expérience…et en mieux!
Alors voila, pour vous donner un avant-goût, voici un petit texte que j’ai écrit récemment et qui explique un peu cette vision que j’ai de la vie;
La vie, une route.
Enfant, j’ai marché sur la ouate guidé par des parents aimants. Adolescente, mes pas m’ont amené vers des sentiers sombres et menaçants. Jeune adulte, j’ai découvert qu’il existait aussi des routes parsemées de fleurs longeant des rivières qui menait je ne sais où. Aujourd’hui, je m’assois sur cette pierre en me demandant quel autre parcours m’attend. Puisque la vie c’est ça. C’est un parcours, une route. Et chaque nouvelle journée apporte son lot de découverte. Je me suis promener sur des routes bien asphaltée, longue et droite qui m’ont donnée le goût de courir. Elles se sont aussi transformées en sable laissant ces traces derrière moi me laissant le temps de voir toute cette route parcourue. Quand le vent s’est levé, elles avaient disparue. Et celles en gravier et poussiéreuses m’obligeant a arrêter pour enlever les petits cailloux dans mes souliers. J’ai marché dans de la boue, les pieds s’enfonçant lentement et cette crainte constante de perdre équilibre. J’ai croisé des sentiers de terre battue entourée d’arbres et de fougères dans une atmosphère aux odeurs humides et terreuse. Ils m’ont mené vers une clairière ensoleillée m’invitant à la détente, les yeux fermés, le visage au soleil. Mais j’ai aussi croisé sur cette longue route des obstacles qui m’ont obligé à faire des détours. Un jour, ce jour qui a tout changé, j’ai croisé une montagne. Une immense montagne quasi impossible à escalader. Je n’avais ni équipement, ni énergie pour l’escalader. Mais il fallait que je l’affronte sachant très bien que ma route ne pouvait s’arrêter là.
C’est alors que j’ai réalisé que pendant cette route j’avais oublié que je n’étais pas la seule à la parcourir. D’autres personnes avant moi l’avaient marchée, suée, respirée, sentie. Et d’autres personnes allaient me suivre. Ces personnes, je les connaissais bien puisqu’elles étaient mes propres enfants. Eux, qui marchait à peine quelques pas, ne se doutait pas qu’une longue route les attendait. Eux, mes fistons, qui me prenaient la main pour être guidé vers des lieux inconnus. Je n’étais donc pas seule à faire ce chemin, celui de la vie. Cette montagne qui se trouvait devant moi, devait être escaladée.
Bien sûr cette petite histoire n’est qu’un début.
Si vous y trouver quelque chose d’intéressant, quelque chose qui pourrait aider, je me propose, et ce, avec beaucoup d’enthousiasme, à partager mes expériences dans une atmosphère qui se veut principalement à la rigolade et la tendresse. Car rire, est bien le meilleur médicament pour garder le moral n’est-ce pas?

Pingback: Carole’s Story, Update en francais | Courage and Hope
Pingback: Carole’s Story Updated – en francais | Courage and Hope
Pingback: Carole’s Story/Je m’appelle Carole | Courage and Hope
Pingback: Je m’appelle Carole – On a tous une histoire … | Courage and Hope
Pingback: Update from Carole in Quebec | Courage and Hope